
À quarante-neuf ans, Claire se réveilla un lundi avec la sensation étrange d’être passée à côté de quelque chose d’essentiel. Son réveil sonnait, la cafetière ronronnait comme chaque matin, mais tout lui paraissait soudain étranger, comme si elle observait sa propre vie à travers une vitre. Elle avait tout ce qu’elle avait toujours cru vouloir : un mari, deux grands enfants, un bon poste dans une entreprise sérieuse. Pourtant, en enfilant son tailleur, une pensée la traversa comme un éclair : quel est le sens de tout cela ?
Le soir, à table, son mari parlait de travaux à faire dans la cuisine, son fils évoquait un entretien d’embauche, sa fille envoyait des messages sur son téléphone. Claire les regardait, souriait par réflexe, mais une distance nouvelle s’était installée. «Vous vous êtes déjà demandé à quoi tout ça sert?» lâcha-t-elle soudain. Trois paires d’yeux se posèrent sur elle, surpris. «Tout quoi, maman?» Elle haussa les épaules, mal à l’aise. «Rien, laisse tomber.» Elle se sentit incomprise, presque étrangère à sa propre famille.
Quelques jours plus tard, à la pause déjeuner, une collègue lui proposa de l’accompagner à un cours de méditation après le travail. «Tu devrais essayer, ça m’aide à tenir le coup», lui confia-t-elle. Claire eut un rire nerveux. «Moi? M’asseoir sans rien faire? Impossible, je pense trop.» Mais le soir venu, elle se surprit à suivre sa collègue dans une petite salle au fond d’un centre associatif. L’odeur légère de bois et d’encens, les coussins posés au sol, la lumière douce : tout semblait inviter au calme, et pourtant Claire se sentait prête à fuir.
L’animatrice leur demanda de fermer les yeux et de porter attention à leur respiration. Les premières minutes furent un supplice. Les pensées se bousculaient : la liste des courses, un dossier en retard, la conversation étrange avec sa famille. «Je n’y arriverai jamais», ruminait-elle. Ses jambes fourmillaient, son dos la tirait. Puis, à un moment, elle entendit la voix douce dire : «Quand une pensée arrive, voyez-la comme un nuage qui passe, et revenez simplement à votre souffle.» Elle inspira, expira, et fit l’expérience furtive d’un espace un peu plus vaste en elle.
Sur le chemin du retour, la ville semblait la même, mais quelque chose avait bougé. Les bruits de circulation lui paraissaient moins agressifs, les visages, plus humains. Elle marcha lentement, remarquant pour la première fois un petit arbre qui poussait entre deux immeubles. « Comment ai-je pu vivre si longtemps sans voir ce qui m’entoure ? » pensa-t-elle. Arrivée chez elle, au lieu d’allumer la télévision, elle resta quelques minutes assise sur le canapé, en silence, attentive à sa respiration.
Cette histoire est peut-être la vôtre, avec quelques analogies. Un jour, au détour d’un paysage, d’une discussion, d’une tristesse… une prise de conscience surgit : Pourquoi tout ça ?