
Le planning était pourtant simple.
Dix minutes de méditation entre la douche et le petit déjeuner.
Mais ce matin-là, trop fatigué, je n’ai rien fait.
Et parfois, ce qui pourrait simplement rester un matin sans méditation devient autre chose :
« Encore raté. »
« Je manque vraiment de régularité. »
« Il faudrait que je sois plus discipliné. »
Sans même nous en rendre compte, une pratique choisie pour nous apporter un peu de paix devient une nouvelle occasion de nous juger.
C’est un paradoxe assez fréquent dans le mieux-être : nous cherchons des pratiques pour nous libérer de la pression, puis nous leur appliquons la même logique de performance que celle dont nous voulions nous libérer.
Autrement dit, le bien-être peut lui aussi devenir une pression.
Méditer. Marcher. Respirer. Faire du sport. Tenir un journal. Dormir suffisamment.
Toutes ces pratiques peuvent nous faire du bien.
Mais lorsqu’elles deviennent une succession de choses à accomplir, notre routine bien-être risque de devenir une liste de tâches supplémentaire.
Nous oublions alors pourquoi nous avions choisi de prendre soin de nous : pour nous rapprocher de nous-mêmes, pas pour ajouter une nouvelle exigence à notre vie.
Quand la pratique ratée devient une faute
Aujourd’hui, la méditation n’a pas eu lieu.
C’est un fait.
Rien de plus.
Mais nous ajoutons parfois très vite une histoire à ce simple constat :
« Je n’ai pas fait ma pratique » devient « je ne suis pas capable de tenir une pratique ».
Et voilà une nouvelle raison de nous en vouloir.
La culpabilité liée au mieux-être peut alors prendre la place du soulagement que nous recherchions au départ.
Il existe pourtant une autre possibilité, sans exiger davantage de discipline ou de volonté.
Faisons-le ensemble
Partons d’une pratique de bien-être prévue pour cinq minutes.
Cela peut être une respiration calme, une courte méditation, un exercice de relaxation ou toute pratique qui vous aide habituellement à retrouver un peu plus de paix intérieure.
Lorsque vous avez le temps, faites-la normalement.
Sans chercher à réussir quoi que ce soit.
Puis observez simplement ce qui se passe.
Attendez que l’état recherché soit réellement présent.
C’est à ce moment-là que nous allons ajouter quelque chose.
Un geste très simple.
Par exemple, joindre doucement le pouce et l’index.
Choisissez un geste discret, naturel et facile à reproduire.
Chaque fois que votre pratique vous conduit vers cet état que vous souhaitez retrouver, faites le même geste.
Et laissez cette association se construire au fil du temps.
Pourquoi cela peut-il fonctionner ?
Notre cerveau apprend beaucoup par association.
Les expériences d’Ivan Pavlov ont montré, il y a plus d’un siècle, qu’un stimulus au départ neutre pouvait acquérir une signification lorsqu’il était associé de façon répétée à une expérience.
Depuis, les mécanismes de l’apprentissage associatif ont été largement étudiés.
Nous en faisons d’ailleurs l’expérience sans même y penser.
Une musique peut nous ramener à une période de notre vie.
Une odeur peut faire surgir un souvenir.
Un lieu peut réveiller presque immédiatement une sensation.
Ici, nous utilisons volontairement ce principe : associer un petit geste à un état intérieur que nous sommes déjà en train de vivre.
Cette technique est notamment appelée « ancrage » en programmation neurolinguistique (PNL).
Il ne s’agit évidemment pas de créer un bouton magique qui produirait automatiquement un état précis.
C’est plutôt une façon d’aider notre corps et notre esprit à reconnaître plus facilement un chemin qu’ils ont déjà emprunté.
C’est ce que nous faisons systématiquement à la fin du travail sur la Joie d’Être.
Et si vous n’avez que cinq secondes ?
Imaginons maintenant un autre matin.
Vous êtes en retard.
Les cinq minutes ne sont pas disponibles.
Habituellement, nous pourrions penser :
« Tant pis, aujourd’hui je ne fais rien. »
Mais comment méditer quand on manque de temps ?
Essayez autre chose.
Arrêtez-vous quelques secondes.
Faites votre geste.
Prenez une respiration consciente.
Et laissez revenir, autant que possible, la sensation à laquelle vous l’avez associé.
Cinq secondes.
C’est tout.
Les cinq secondes ne remplacent pas les cinq minutes.
Lorsque vous avez le temps, continuez à pratiquer pleinement. C’est dans ces moments plus longs que vous entretenez cette relation avec vous-même et que l’association se construit.
Mais lorsque le temps manque, ces quelques secondes peuvent devenir une petite porte.
Pas vers un état parfait.
Simplement vers quelque chose que vous connaissez déjà.
Un peu de calme.
Un peu d’espace.
Et le sentiment d’être malgré tout resté en lien avec votre pratique.
C’est aussi une manière de garder ce travail accessible dans le quotidien.
Avons-nous peut-être inversé le problème ?
Lorsque nous n’arrivons pas à tenir une pratique, nous pensons facilement qu’il faudrait davantage de volonté ou de discipline.
Mais peut-être que la question est ailleurs :
« Comment faire pour que ma pratique puisse m’accompagner aussi dans les jours imparfaits ? »
Cinq minutes lorsque cinq minutes sont disponibles.
Cinq secondes lorsque cinq secondes seulement le sont.
Peu à peu, la pratique cesse alors d’être quelque chose que nous devons réussir.
Elle devient quelque chose vers lequel nous pouvons revenir.
Nous ne nous demandons plus seulement :
« Ai-je fait ce que j’avais prévu ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce que ces quelques secondes ont changé en moi ? »
Peut-être presque rien.
Peut-être simplement une respiration un peu plus profonde, une tension légèrement relâchée ou quelques secondes pendant lesquelles le mental s’est posé.
Et c’est déjà une expérience à observer.
Parce qu’une pratique intérieure ne devrait pas nous éloigner de nous-mêmes sous prétexte de nous améliorer.
Elle n’a pas à devenir une performance
Elle peut devenir un chemin familier vers lequel revenir.
C’est peut-être aussi cela, pratiquer sans culpabiliser : ne plus mesurer uniquement la qualité d’une pratique à sa durée ou à sa régularité.
Le but est qu’elle devienne suffisamment familière pour pouvoir nous accompagner lorsque nous en avons réellement besoin.
Willy d’Humanum 15
crédit photo : Image par Adina Voicu de Pixabay
